Un chargé E&S hérite d'un projet cofinancé par l'IFC et la Banque Mondiale. Il aligne son étude d'impact sur les huit Performance Standards, persuadé que les dix Normes Environnementales et Sociales disent la même chose sous d'autres numéros. En instruction, il découvre deux écarts qui n'ont rien de cosmétique : une norme sur les parties prenantes qui n'existe pas côté IFC, et une notion de communauté traditionnelle absente de la PS7. Cet article met en regard les PS et les NES thème par thème, isole les vrais écarts de fond, et donne une méthode pour choisir le référentiel pilote et tenir un double alignement.

Deux architectures, une même généalogie

Les IFC Performance Standards, dans leur version de 2012, adressent un client privé : l'entreprise emprunteuse ou l'investisseur que finance l'IFC. Ils décrivent, selon l'IFC, « [the] clients' responsibilities for managing environmental and social risks and impacts » (IFC, Performance Standards on Environmental and Social Sustainability). Huit standards, du management des risques au patrimoine culturel.

Le Cadre Environnemental et Social de la Banque Mondiale, entré en vigueur en 2018, s'adresse à un Emprunteur souverain : un État qui porte un projet financé par un prêt d'investissement. Il compte dix Normes Environnementales et Sociales, « conçues pour aider les Emprunteurs à gérer les risques environnementaux et sociaux » (Banque Mondiale, Cadre environnemental et social).

La filiation est directe. Le Cadre de la Banque Mondiale a été construit en s'appuyant largement sur l'ossature des PS. C'est pourquoi la plupart des thèmes se répondent presque un pour un. Mais deux différences structurantes apparaissent d'emblée. La Banque Mondiale a sorti la mobilisation des parties prenantes pour en faire une norme autonome. Et elle a ajouté une norme dédiée aux intermédiaires financiers, sans équivalent numéroté dans les PS. Pour le détail interne de chaque cadre, voir nos articles sur les IFC Performance Standards et sur le Cadre E&S de la Banque Mondiale.

La correspondance thème par thème

Plutôt qu'un alignement par numéro, raisonnez par thème. Les huit familles suivantes couvrent l'essentiel du recouvrement entre les deux référentiels.

Gestion des risques et des impacts. La PS1 (Évaluation et gestion des risques et impacts environnementaux et sociaux) répond à la NES1 (même intitulé, ou presque). Les deux posent le système de gestion, l'évaluation des impacts et la hiérarchie d'atténuation. C'est le socle commun.

Travail et conditions d'emploi. La PS2 (Main-d'œuvre et conditions de travail) correspond à la NES2 (Emploi et conditions de travail). Mêmes obligations de fond : contrats, non-discrimination, santé et sécurité au travail, mécanisme de plainte des travailleurs, vigilance sur la chaîne d'approvisionnement.

Efficacité des ressources et pollution. La PS3 (Utilisation rationnelle des ressources et prévention de la pollution) répond à la NES3, dont l'intitulé ajoute explicitement la gestion de la pollution. Les deux couvrent les rejets, les déchets, les substances dangereuses et l'estimation des émissions de gaz à effet de serre au-delà de certains seuils.

Communautés, santé et sécurité. La PS4 (Santé, sécurité et sûreté des communautés) correspond à la NES4 (Santé et sécurité des populations). Attention à un point de vocabulaire : la PS4 nomme la sûreté (le recours au personnel de sécurité) dès son intitulé. La NES4 traite le même sujet, y compris le personnel de sécurité, la sécurité routière et la préparation aux situations d'urgence.

Terres et réinstallation. La PS5 (Acquisition de terres et réinstallation involontaire) répond à la NES5 (Acquisition des terres, restrictions à l'utilisation des terres et réinstallation forcée). Les deux imposent d'éviter le déplacement, d'indemniser au coût de remplacement et de restaurer les moyens d'existence. C'est un thème où la construction d'un Plan d'Action de Réinstallation répond aux deux cadres à la fois.

Biodiversité. La PS6 (Conservation de la biodiversité et gestion durable des ressources naturelles biologiques) correspond à la NES6 (même logique). Habitat naturel, habitat critique, absence de perte nette, compensation en dernier recours : les architectures se superposent presque parfaitement.

Peuples autochtones. La PS7 (Peuples autochtones) répond à la NES7. C'est ici que se loge l'un des écarts les plus lourds de conséquences, développé plus bas.

Patrimoine culturel. La PS8 (Patrimoine culturel) correspond à la NES8 (même intitulé). Patrimoine tangible et intangible, procédure de découverte fortuite, consultation des communautés concernées.

Les deux normes sans jumeau côté IFC

Deux Normes de la Banque Mondiale n'ont pas de Performance Standard numéroté en face.

La NES10 (Mobilisation des parties prenantes et information) est autonome. Côté IFC, la mobilisation des parties prenantes n'est pas un standard séparé : elle est intégrée à la PS1, qui traite la consultation, la participation et le mécanisme de gestion des plaintes au sein du système de gestion. La conséquence est pratique. La Banque Mondiale attend un Plan de Mobilisation des Parties Prenantes formel, produit tôt et actualisé. L'IFC attend la même substance, mais logée dans la démarche PS1. Un dossier bâti pour l'IFC contient souvent tout ce qu'exige la NES10, sans en porter le nom ni la forme attendue.

La NES9 (Intermédiaires financiers) encadre les sous-projets financés via une banque ou un fonds. L'IFC traite ce cas par sa procédure dédiée aux intermédiaires financiers, hors des huit PS. Le principe est proche : l'intermédiaire doit mettre en place un système de gestion des risques E&S et appliquer les standards pertinents à ses sous-projets. Mais la NES9 le formalise comme une norme à part entière.

Les vrais écarts de fond

Au-delà de la numérotation, quatre différences changent la manière de travailler.

Le destinataire de la norme. L'IFC applique ses PS à un client privé. La Banque Mondiale applique ses NES à un État emprunteur. Cette différence irrigue tout le reste. La Banque Mondiale travaille avec et à travers les institutions du pays, alors que l'IFC contractualise directement avec le porteur privé.

Le recours au cadre national. La NES1 prévoit, sous conditions et avec l'accord de la Banque, de s'appuyer en partie sur le cadre environnemental et social de l'Emprunteur lorsqu'il est jugé adéquat. Les PS n'offrent pas ce mécanisme : elles s'appliquent en propre, quel que soit le droit national. En pratique, un projet Banque Mondiale peut donc mobiliser des procédures nationales renforcées là où un projet IFC applique directement le standard. C'est un point que recoupe la veille réglementaire entre droit national et exigences DFI.

Le périmètre de la protection des communautés autochtones. La PS7 vise les peuples autochtones. La NES7 étend explicitement son champ aux communautés locales traditionnelles d'Afrique subsaharienne historiquement défavorisées. Dans plusieurs pays où la catégorie juridique de peuple autochtone est contestée ou absente, cette extension change le déclenchement de la norme. Un groupe qui ne serait pas qualifié d'autochtone au sens de la PS7 peut relever de la NES7. Les deux normes convergent en revanche sur l'exigence de consentement préalable, libre et éclairé dans les circonstances définies, sujet que détaille notre article sur le FPIC.

La place de la sûreté et de la sécurité. La PS4 inscrit la sûreté dans son intitulé et cadre nettement le recours au personnel de sécurité. La NES4 couvre ce champ, mais l'insère dans un ensemble plus large de santé et sécurité des populations. L'écart est de forme plus que de fond, à condition de ne pas oublier le volet sûreté quand on pilote par la NES4.

Les instruments ne portent pas les mêmes noms

Un double alignement se joue autant sur les livrables que sur les principes. Les deux cadres attendent des documents équivalents, mais avec une nomenclature et un degré de prescription différents.

Côté IFC, le porteur produit un système de gestion environnementale et sociale et, en due diligence, un Plan d'Action environnemental et social qui liste les mesures correctives et leurs échéances.

Côté Banque Mondiale, le vocabulaire est plus normé. Le projet s'accompagne d'un Plan d'Engagement Environnemental et Social, qui fixe les engagements contraignants de l'Emprunteur. La NES2 appelle des Procédures de Gestion de la Main-d'Œuvre. La NES10 appelle un Plan de Mobilisation des Parties Prenantes distinct. Ces instruments ont des équivalents fonctionnels côté IFC, mais rarement le même nom ni la même autonomie documentaire.

La leçon opérationnelle est simple. En cofinancement, on ne produit pas deux jeux de documents. On produit un jeu unique, nommé selon la nomenclature la plus prescriptive, qui satisfait l'union des deux exigences.

Choisir le référentiel pilote en cofinancement

Quand l'IFC et la Banque Mondiale financent le même projet, la question n'est pas « quel cadre a raison », mais « comment tenir les deux sans les dupliquer ».

Trois configurations reviennent. Un montage où une tranche souveraine relève de la Banque Mondiale et une tranche privée de l'IFC : les deux cadres coexistent alors à des niveaux différents du même projet. Un cofinancement où les prêteurs conviennent d'une approche commune et désignent un cadre de référence. Un projet où l'on applique, thème par thème, l'exigence la plus stricte des deux.

La règle de prudence est la dernière : aligner sur le plus exigeant, sujet par sujet. En biodiversité, on retient la lecture la plus protectrice de l'habitat critique. En réinstallation, on prend la définition la plus large des ayants droit. En parties prenantes, on formalise un plan dédié même si seul l'IFC finance, parce que la NES10 l'imposera si la Banque entre au tour de table. Cette discipline évite la reprise, plus coûteuse qu'un léger surdimensionnement initial. La logique rejoint celle des Principes de l'Équateur, qui renvoient eux-mêmes aux Performance Standards comme socle applicable hors financement direct des banques de développement.

Tenir un double alignement au quotidien

Piloter deux cadres sur un même projet demande une discipline documentaire, pas une double équipe.

Construisez une seule matrice de correspondance interne, thème par thème, qui relie chaque exigence PS à sa NES et signale les écarts de périmètre. Produisez un jeu de livrables unique, nommé selon la convention la plus prescriptive, ici celle de la Banque Mondiale. Traitez explicitement les deux normes orphelines : un plan de parties prenantes formel pour la NES10, un dispositif intermédiaire financier si un sous-financement est en jeu. Vérifiez le déclenchement de la NES7 avant de conclure qu'aucun peuple autochtone n'est concerné.

Les Performance Standards et les Normes Environnementales et Sociales se répondent presque un pour un sur huit familles thématiques. Cette proximité est réelle, mais elle masque trois pièges. Deux normes de la Banque Mondiale n'ont pas de jumeau numéroté côté IFC. Le destinataire de la norme, souverain ou privé, change la mécanique du recours au cadre national. Et le périmètre de la NES7 déborde celui de la PS7 là où cela compte, en Afrique subsaharienne notamment.

La bonne méthode ne consiste pas à choisir un cadre contre l'autre. Elle consiste à cartographier les correspondances, à isoler les écarts, puis à aligner chaque sujet sur l'exigence la plus stricte, dans un jeu de livrables unique. Un dossier construit ainsi passe l'instruction des deux prêteurs. Un dossier bâti sur l'hypothèse d'une simple équivalence de numéros la subit.

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